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Les quatre époques

 

Roman

Gothique

Baroque

Moderne


 

Le Temps Roman

Le terme d’art roman

fût imaginé en 1818 par un archéologue normand, Charles de Gerville. En reconnaissant un type architectural, il reconnaissait une spécificité. Depuis cette découverte, la connaissance de l’histoire et de l’art européen des XIème et XIIème siècles s’est affinée. Il faut nuancer entre :

  • un art pré-roman qui s’exprime au Xème siècle et au début du XIème siècle
  • un premier-art-roman, au XIème siècle
  • un second-âge-roman, au XIIème siècle
  • un art-roman-tardif qui se poursuit au XIIIème siècle
  • encore faut-il signaler l’intégration particulièrement réussie de ce style dans l’ensemble du pays catalan, au point de faire la jonction au XIXème siècle avec le néo-roman.

Le caractère

Les caractéristiques essentielles du pré-roman :

  • des arcs outrepassés
  • des arcs et des arcades en retrait des piedroits
  • des absides carrés, rectangulaires ou trapézoïdales
  • le mur du chevet plat
  • les voûtes des absides en arrière de l’aplomb des murs
  • des vaisseaux charpentés

Les édifices les plus représentatifs sont l’abbaye de Saint-Michel de Cuixà mais aussi des églises paroissiales comme Barbadell près de Bulaternera, Sournia en Fenollèdes et Riunogues en Vallespir.

Les caractéristiques essentielles du roman :

  • des arcs en plein cintre
  • des voûtes en berceau, avec ou sans arcs formerets, le long des murs et des arcs doubleaux dans la largeur du vaisseau
  • des absides rondes
  • des vaisseaux voûtés
  • un décor mural, d’arcs aveugles disposés en frises ou arcatures
  • un décor de sculptures surtout le sens, dents de scie, dans les monastères
    * le second-âge-roman utilise un grand appareil de blocs de pierres

L’Esprit

Si le mot roman est un dénominateur commun commode, il n’en recouvre pas moins une multitude de partis architecturaux. En fait, la seule régle est la diversité. Aucune norme s’impose comme une référence unanime. Cette multiplicité d’expérience fait disparaitre la notion devenu obsolète d‘écoles régionales. Il en est de même pour l’art-roman-catalan. L’art roman exprime les préocupations communes aux mêmes générations d’européens. Le monument s’élève pour donner à voir et comprendre la manière de vivre le monde au XIème et XIIème siècle.

L’église est orientée :

Elle est éthimiologiquement tournée vers l’est. Son abside, telle l’aiguille d’une boussole indique la direction du soleil levant. Au-delà de la Méditérranée, par l’aurore, elle positionne géographiquement Jérusalem, bientôt but de pélerinages et de croisades. On conclut à un rapport mutuel entre la Jérusalem terrestre et l’annonce de la Jérusalem céleste que l’on célébre dans l’église du village. Dans ce raisonnement, cette dernière est une Jérusalem paroissiale.

La position de la porte n’est pas d’avantage laissée à l’aventure. Pour les monastères (cas particulier d’Arles) et la cathédrale, la porte est toujours à l’ouest. Elle est tournée vers le soleil couchant. Si l’abside donne par syllogisme interposé la position du paradis, le portail s’ouvre sur la terre. Parcourir une église romane est donc pratiquer un itinéraire initiatique conduisant le marcheur d’ouest en est, de la terre au ciel, de la prière à la célébration.

Pour des raisons pratiques, dépendantes de la furie de la Tramontane, cette haute reflexion sacrée est adaptée dans quantité d’églises paroissiales par une position de la porte au sud.

Naissance des villages

Le pays catalan posséde plusieurs centaines d’édifices de cette époque. Cet énorme effort de construction témoigne par la quantité de la capacité d’investissement de la population médiévale, de son accroissement démographique comme de son encadrement par la création des finages paroissiaux et de l’avancée de la christianisation des foules paysannes.

Il faut distinguer entre ces centaines d’églises de villages, la cathédrale et les monastères. On reconnait facilement, ne serait-ce que par l’importance des constructions, entre le modèle savant des monastères, et les répliques populaires des paroisses. Ne nous laissons pas égarer par tel édifice rural luxueusement construit et décoré. Il s’agit d’un prieuré dépendant d’un abbaye mère. Il abritait une petite communauté de moines. Sa desserte paroissiale a bénéficié de la culture monacale.

Inégalité des moyens

Cette inégalité de moyens illustre celle sur laquelle est basée la société qui construisit ces monuments. L’art roman est le témoin d’un ordre politique et social fondé sur l’institution du fief. Le fief est un domaine concédé par un homme à un autre. Le serment d’homme à homme contractualise une relation de fidélité personnelle et réciproque entre le suzerain qui donne et le vassal qui reçoit.

Lorsque ce domaine est un pays, on comprend mieux le régime féodal. Il consiste dans l’émiettement de la souveraineté. Le pouvoir se dillue dans une multitude de mains. Son éclatement morcelle politiquement les territoires. Ces principautés pratiquement indépendantes en sont issues. Pour le Pays Catalan, elles épouseront les contours des "civitas" romaines de Ruscino pour le diocèse d’Elne et de Forum livica pour la Cerdagne, englobée dans le diocèse d’Urgell.

Les comtes en un siècle, de hauts fonctionnaires désignés par ce pouvoir central, vont de simples détenteurs de l’autorité impériale en devenir "propriétaires" héréditaires. Le caractère privé de ce nouveau type de pouvoir local permet au gré des successions et des mariages, des partages de terroirs. La répartition foncière se modifie à chaque génération. Leurs agrégations ne dépassent jamais 100 ans.

Le Vallespir est exemplaire :

  • jusqu’en 877 associé au Roussillon
  • de 877 à 988 associé au Conflent
  • de 988 à 1111 associé au Besalir
  • à partir de 1111 unification à Barcelone

Pour maintenir leur pouvoir, les comtes sont à leur tour obligés de déléguer leur autorité militaire, fiscale, judiciaire, économique sinon religieuse à des hommes de confiance. Ces derniers sont commis à la garde de châteaux. Assez forts, sûrs d’eux, ces maîtres de châteaux s’érigent en chefs indépendants et rendent leurs charges héréditaires. La diversité et le morcellement n’ont pour régle que le foisonnement basé sur l’état de fait. La violence est la norme d’une société batie sur la loi du plus fort. Sa richesse est construite sur l’exploitation agricole.

Ses moyens sont aussi bien les armes que le châtiment. Militaire et juge, le noble s’oppose au paysan, ignoble. Peu après l’an 1000, sous la pression de l’abbé Oliba, des contrats de Paix et Trève de Dieu codifient et canalisent cette violence. La création du réseau paroissial concours à l’encadrement des paysans. En haut de la hierarchie sociale se placent les prêtres, fils de nobles, au bas de l’échelle la masse paysanne, et au cœur du dispositif la noblesse. Ainsi, visibles de très loin, les hautes tours romanes des monastères et de leurs filiales affirment en plein ciel le pouvoir temporel et spirituel.

Les clochers-tours

Dans une société ou la diversité est la régle, il est plus commode de parler de modèle plutôt que de prototype. Les clochers de Cuixà ont eu ce rôle (l’un d’eux s’effondrera au XIXème siècle). Leur essaimage constament modifié, s’étend à tout le pays. Simultanément au clocher-tour, les églises paroissiales seront dotées de clochers-arcades. Situés à l’aplomb de l’arc triomphal, ils étaient placés à la jonction de l’abside et du vaisseau. Le prêtre pouvait ainsi sonner la cloche depuis la table de l’autel aussi bien pour signaler :

la messe ; un baptême ; le glas ; un mariage ; exorciser les éléments naturels ; sonner le tocsin
indiquer le temps de travail, du lever au coucher du soleil.

Exposés aux imtempéries, à la guerre, plus simplement aux changements de modes, les faites des clochers-tours ont régulièrement changé d’aspect. Prades et Prats de Mollo seront coiffés d’une pyramide au XVIIème siècle, Ria et Corneilla de Conflent d’un toit, Millas est surélevé au XVème siècle… la légéreté de la construction des clochers-arcades leur donne un aspect élégant mais les rend aussi bien plus fragiles.

Bien peu de cette époque se sont conservés. Celui de la chapelle de Barbadell est un bel exemple arrivé intact jusqu’à nous. La plupart, souvent déplacés sur le mur ouest, ont été régulièrement reconstruits dans l’esprit des origines du modèle, dès l’époque gothique.

L’organisation spatiale du monde qui se mis en place est celui que nous vivons encore de jours. La commune est héritière des paroisses qui furent créer alors par la féodalité pour encadrer les masses paysannes.

Les transformations ne sont homogènes ni sur le territoire, ni dans les institutions.


 

Le Temps Gothique

Le terme "art-gothique" désigne une longue période de l’histoire de l’art, s’étendant de la fin du XIIème siècle au milieu du XVIème siècle. L’expression fût inventée par les humanistes de la Renaissance pour désigner avec mépris le style de la période qui les précédait.

On distingue aujourd’hui entre :

- un "pré-gothique", dans la deuxième moitié du XIIème siècle,
- le "gothique", au XIIIème siècle,
- le "gothique rayonnant", au XIVème siècle,
- le "gothique flamboyant", de la fin du XIVème siècle au XVème siècle,
- il faudrait adjoindre le "néo-gothique" du XIXème siècle et du début du XXème siècle, nommé en son temps "style troubadour",
- enfin, a bien des égards architecturaux bien des églises du pays catalan, construites au XVIIème et XVIIIème siècles sont techniquement des édifices gothiques.

Le caractère gothique

Les historiens nationalistes ont fondés ces définitions sur des critères techniques. L’arc brisé est considéré comme une des caractéristiques essentielles du gothique. Il est associé à la voûte sur-croisée d’ogive ainsi qu’à l’arc-boutant.

En fait, les constructions reposent sur des colonnes et des piliers. Les murs sont des écrans, à l’opposé des épaisses murailles romanes, porteuses sur toute leur largeur de voûtes qui s’élévent en plein-cintre.

Pour la peinture il faut distinguer :

  • le gothique linéaire, XIIIème siècle
  • les écoles italiennes, flamande, hispano-flamande
  • le gothique international.

Des témoins : vers un gothique méditerranéen

Les meilleurs témoins architecturaux de l’art gothique en pays catalan sont perpignanais. Dans une ville recréée par la dynastie de majorque s’élèvent le Palais Royal, des églises paroissiales (la Real, saint Jacques), la cathédrale, les monastères des ordres mendiants (Notre Dame des Anges, saint Dominique, les Carmes). Sous l’influence des dominicains, des franciscains et des carmélites, les églises rurales construites à cette époque seront couvertes par une charpente qui repose sur des arcs-diaphragmes.

Les arcs-boutant deviennent des murs qui contrebutent la poussée des arcs diaphragmes. Entre ces murs, les architectes aménagent des chapelles latérales. Elles s’ouvrent sur le vaisseau de l’église. Cet aménagement correspond tout à la fois à l’émergence d’une nouvelle classe sociale "la bourgeoisie", et simultanément à la multiplication de saints et à leur culte.

A la différence des églises gothiques du nord, divisées en trois vaisseaux parallèles, celles du gothique méditerranéen né du besoins des ordres mendiants, s’organisent autour d’une nef unique, haute et large. Cette disposition permet aux foules de voir la cérémonie et d’entendre le prédicateur.

Ce modèle fera école jusqu’au XIXème siècle, assurant la jonction entre style gothique et le style "troubadour".
Vue du dehors, l’art roman en Pays Catalan s’oppose, avec la compacité d’un monolithe, à toute introduction étrangère.

De l’intérieur, les deux anciens comtés de Roussillon et de Cerdagne se recomposent en royaume de majorque. Avec ce nouveau régime politique ces vieilles terres romanes s’ouvrent à ce qui en ce temps était appelé "l’art-nouveau" et que nous reconnaissons comme art gothique.

Du régime féodal au régime seigneurial

Au XIIème siècle, les morts successives, sans héritiers directs, des comtes de Besalu en 1111, de Cerdagne en 1118, de Roussillon en 1172 permettent aux comtes de Barcelone de rassembler sous leur couronne la totalité des pays catalans.

Le prince héritier bénéficie de l’alliance matrionale de son père et devient roi d’Aragon. L’unité de ces territoires en un seul pouvoir répond au XIIème siècle au morcellement féodal du XIème siècle.
Il semble, dès la fin du XIIème siècle, avoir cédé en apanage à son frère cadet, l’Infant Sanche, le comté du Roussillon.

Prémisse du royaume de majorque :

Sanche fût seigneur du Roussillon jusqu’à son décès. De 1212 à 1242 se sera son fils le prince Nunyo qui gouvernera l’apanage roussillonnais auquel la Cerdagne a été rattaché.

Nunyo rend hommage au roi de France pour le Fenollèdes et le Perapertuses en 12... Cet acte préfigure la séparation de ces deux terroirs du Pays Catalan. Dès 1239, le Perapertuses est vendu à Louis IX. Peu après, par le traité de Corbeil signé en 1258, le Fenollèdes est intégré au royaume de France.

Au décès de Nunyo en 1242, l’apanage réintègre pour quelques années le domaine royal. Vingt ans après la mort de Nunyo, le roi Jaume I, le conquérant, prépare sa succession. Son testament, daté de 1262, donne à son fils aîné, l’Infant Pere, le comté de Barcelone et le royaume d’Aragon. De même, il transmet à son fils cadet, l’Infant Jaume "…tout notre royaume de Majorque et de Minorque…Montpellier… tout le comté du Roussillon et toute la Cerdagne".

Du procureur au roi

Dès 1263, l’Infant Jaume est investi de son futur royaume en vertu de la délégation des pouvoirs souverains qu’il détenait de son père. D'emblée ce jeune homme de 19 ans projette l’avenir du pays par la création d’infrastructures. Sous un regard administratif. Il fonde dès 1263 la procuration générale. il se dote ainsi d’une organisation centralisée.

Depuis la fin du XIIème siècle ce retour progressif à l’état de droit s’exprime dorénavant dans toute son autorité. De même l’acquisition de seigneuries pour l’entretien de la maison royale aboutit à la rédaction des plus anciens documents cadastraux européens, les capbreus ou livres terriers en français, ancêtres des matrices cadastrales (1292-1293). C’est aussi la réorganisation des routes et des réseaux de ruisseaux d’irrigation, indispensables à l’économie du pays. Simultanément, et bien plus visibles, c’est un formidable élan bâtisseur.

Le royaume de majorque

En englobant, les Baléares, le Roussillon, la Cerdagne et Montpellier le royaume de Majorque parait à nos yeux, géographiquement disparate. C’est oublier d’une part ce qui le précède, et d’autre part ce qui uni ces territoires.

Cap au sud

Tout le XIème siècle est une expansion catalane sur le Languedoc et la Provence. Cette tentative de création d’un vaste état allant du Llobregat à l’Argens est brutalement interrompu dans son succès par la mort du roi Pere en 1213 à Muret. En luttant contre la croisade albigeoise, le roi luttait contre l’égémonisme capétien.

Son échec tragique réoriente la politique de son fils Jaume I vers un nouvel horizon pour la Catalogne. En ouvrant vers le Sud ses aspirations impérialistes, Jaume conquit trois royaumes. Par ses victoires sur les émirs des Baléares, de Valence, de Murice, il gagna son surnom de "Conquérant".

Etat-tampon

Il est trop facile de présenter la création du royaume comme une simple partition patrimoniale des terres de la couronne catalano-aragonaise. La réalité est plus complexe. L’apanage encore féodal de la fin du XIIème siècle et du début du XIIIème siècle porte en germe cette notion de division quant bien en est exclu le concept de souveraineté.

Ce préalable à la naissance du royaume aussi bien que l’échec d’une ouverture au nord occitano-provençal induit le roi à concevoir un état-tampon, tel un amortisseur des tensions politiques, sinon militaires, l’opposant à la monarchie parisienne. L’abandon du Fenollédes à la France parmi tant d’autres droits féodaux, par le traité de Corbeil, est un acte fort de la lucidité de la couronne barcelonaise.

Par ailleurs, l’apparence éclatée par la géographie des trois territoires (Baléares, Roussillon et Cerdagne, Montpellier) du royaume de Majorque n’est qu’un leurre. Leur unité est réelle. Leur attache est la mer méditerranée dans son golfe du Lion. Le roi Jaume I dans sa chronique écrit sans détour, "mon royaume est d’eau". Ce sont les flots qui lient les trois terres en un ensemble Thallasocratique.

Son emprise économique est le dernier reflet du rêve féodal, celui d’une emprise sur le Languedoc et la Provence par des princes catalans.

Le royaume de Majorque

Si le royaume de Majorque conserve un tel aura dans la mémoire collective du peuple catalan, c’est un peu grâce au romantisme des historiens du XIXème siècle qui le revisitèrent et beaucoup parce qu’il fût bien une période de prospérité exceptionnelle. La bonne gestion du royaume active les chantiers de construction. Pourtant sa position d’état-tampon entre les couronnes de France et d’Aragon multiplie les conflits armés.

Simultanément aux églises-halles sous charpente, on élève des églises voûtées par des croisées d’ogive au palais royal, à Notre Dame des Anges, de Perpignan. Dans les vaisseaux, ces croisées reposent sur des colonnes en pendentifs et sont couvertes dans les cœurs de nervures savantes en tierce et lierceron. Les commandes d’œuvres d’art se multiplient aussi bien pour la résidence des princes que pour des monastères où les modestes églises paroissiales.

Fresques linéaires aux coloris éclatant à Caldegas, au Palais des Rois de Majorque statuaire monumentale toujours au Palais des Rois de Majorque, mais aussi aux dominicains, aux franciscains, aux carmes de Perpignan, de Collioure, de Villefranche de Conflent, de St-Génis, d’Arles, d’Ille et au cloître de la cathédrale d’Elne. Apparitions de l’art-nouveau au monastère del Camp, à Passà; Retable d’albatre par Jaume Cascall à Cornella du conflent; magnificences de la peinture sur bois à Iravals, à Serdinyà, orfèvrerie aussi raffinée que la cour du roi, à saint Feliu d’amont…

Le prince-mendiant

L’héritier du royaume, le fils de Jaume II, petits fils du conquérant, résigne son droit à la couronne. il abandonne les pompes du palais. Dévêtu de tout ornement, c’est en moine mendiant, sous la dure robe de saint François qu’il mendie dans la ville dont il fût le prince, sa pitance quotidienne. Son frère l’Infant Sanche prendra la couronne que son ascétisme franciscain lui refusa. Sanche régnera jusqu’en 1324.

Sa succession fût assurée par le troisième fils de Jaume II, l’Infant Cardinal Philippe, comme sa sœur Sancia, devenu reine de Naples. Philippe est franciscain et de la tranche la plus dure de l’ordre, celle qui refuse tout compromis avec le droit de propriété, celle des "spirituels" bien compromis pour hérésie.

Etrange défit de princes résignant leurs royaumes pour des couronnes d’épines. Ce ne sera qu’un petit garçon, fils du plus jeune fils du roi Jaume II qui deviendra roi de Majorque en 1329. Il régnera jusqu’en 1344. Dans le sang, versé de la façon la plus chevaleresque qu’il soit, le royaume de Majorque sera alors à nouveau intégré à la couronne d’Aragon.

Le temps des malheurs

La fin du royaume de Majorque correspond au temps des malheurs. Comme si les foudres du ciel s’acharnaient sur l’humanité. Dès 1348 la peste s’abat sur l’Occident. Un homme sur deux meurt de la peste bubonique. La pendemie se prolonge en un cortège sinistre de famines, de guerres, de révoltes paysannes, de répressions seigneuriales.

La nature elle-même se refuse aux hommes. Le gel, la sécheresse, les inondations et comme si cela ne suffisait pas les tremblements de terre dévastent le Pays Catalan. Les comtés sont gouvernés par les comtes-rois d’Aragon jusqu’à l’extinction de la dynastie catalane en 1409. Avec le compromis de Caspe, de triste mémoire pour les historiens catalans, la couronne de Barcelone bascule vers la Castille. Le nouveau prince, Ferdinand 1er maintient tant bien que mal l’unité des états aux identités contradictoires.

Ses descendants se maintiendront au pouvoir jusqu’à l’orée de la Renaissance. La fille de Ferdinand II d’Aragon et d’Isabelle I de Castille est folle. La folle Jeanne est mariée au beau Maximilien d’Autriche. Veuve, incapable de régner - mais est-il bon de le préciser - mére d’un petit garçon, Jeanne confit la régence des royaumes d’Espagne à son père. Il sera le régent de Charles. Il unifiera l’Espagne pour son petit-fils. Il est le soubassement de la réussite éclatante du nouveau monarque, Charles Quint. Dès lors, le temps des principautés s’efface devant celui des états.

… et les clochers

Les clochers-tours romans sont réaménagés en tours crénelées. Les murs goutereaux des églises sont surélevés de remparts. Les villages sont enclos de murailles. Le roi désigne des châtelains pour la défense de ces tours. Le clocher de Coustouges devient un donjon, comme Espira de l’Agly, Bouleternère et tant d’autres. De nouvelles tours sont édifiées à Argelès, à Ille, à Prats de Mollo, à Villefranche de Conflent, à Baixas, à la Real…

Sans aucun rapport, ni de style, ni d’intention, aux flèches gothiques des édifices septentrionaux, les clochers du Pays Catalans sont d’abord des forteresses. Ils gardent l’aspect massif des constructions romanes. Les maçons les dépouillèrent des panneaux d’arcades du XIème siècle, des panneaux d’arcs aveugles, des frises en dents de scies. Ils élèvent des façades lisses. Ils appareillent les murs en grands blocs de pierre.

Des baies, parfois géminées, comme à Ille, s’ouvrent aux étages supérieurs des tours. des rainures tracées dans la maçonnerie fonctionnent comme des glissières qui permettent de fixer des vantaux en bois, amovibles. La fonction favorisée aussi bien par la splendeur du royaume de Majorque que par le temps des malheurs est celle du beffroi communal. Plus donjon de défense, que clochers religieux, le son privilégié du temps gothique est celui de l’alarme, sinon celui de la sirène du tocsin.


 

Le Temps Baroque

Au XVIème siècle une tendance de l’art espagnol est qualifiée de "plateresque". Cette expression artistique est utilisée par analogie avec l’argenterie, "plata" en castillan. De même, une longue période de l’histoire de l’art, s’étendant de la fin du XVIème siècle aux années 1800, est désignée comme "baroque".

Le mot baroque trouve son origine dans le portugais "barocco". Il s’appliquait en joaillerie aux perles irrégulières. Dès 1690 Furetière l’utilise dans ce sens. C’est cette notion d’irrégularité de formes qui assurera le succès du terme.

Le caractère baroque

L’art baroque se caractérise par la liberté des formes et la profusion des ornements.

Art de la transposition, ses maîtres sculptent en bois des rideaux et des courtines, des vases et des buissons de feuillages, des chandeliers, des consoles, des coquillages, des nuages et des gloires solaires. Ils cultivent le rythme ascensionnel et hélicoïdal, la colonne salamonique. Les contours sont indécis, découpés à jour. Les plans et les volumes ondulent. Les schémas se heurtent. Les constructions s’élèvent en pinacles.

Un véritable raz-de-marée artistique va bousculer le Pays Catalan tout entier. En deux siècles, plus de huit cent retables en bois dorés et polychromés vont orner des centaines d’églises. Ces retables abritent plusieurs milliers de statues et de tableaux de sculptures. La peinture n’est pas en reste. Pendant la période les ateliers se multiplient. L’histoire nous livre quelques centaines de tableaux aussi bien de chevalet qu’assemblés en retables.

Le rêve baroque

Au déclin maximum de l’histoire politique correspond le développement le plus important de la création artistique catalane. Terrain de combat, objet d’échange, bouleversé dans son identité, le Roussillon se réfugie dans l’énorme effort de reconstruction qui l’éveille à l’art baroque.

Depuis 1629, les peintres roussillonnais se sont réunis en corporation. De leur production, il reste une trentaine de retables. Argelès en conserve quatre. Il est à peine possible de distinguer le style de l’un à l’autre. Ces provinciaux, sans autre clientèle que le milieu étroit et confiné des dévots, s’enferment dans les courants pieux de la réforme catholique. Persuadés de l’idée "que la peinture en cherchant à éloigner les hommes des vices, guide vers le vrai culte de Dieu, Notre Seigneur", ils se bornent à la leçon la plus superficielle du caravagisme : fidélité à la nature, recours effectif au ténébrisme et à la narration directe, construction diagonale, plans rapprochés.

Une bonne part de la saveur de cette peinture, touchante par sa simplicité, sincère et rude, profondément authentique dans son ignorance des connaissances extérieures, vient de son isolement et de sa réelle affinité avec la sensibilité médiévale.

Sainte émulation

Tout ce qui se passait aux yeux des habitants du Roussillon continuait le dernier jour de la genèse, aussi bien dans la routine sempiternelle des saisons que dans les tournants brutaux de la nature. Depuis le commencement du monde, tout événement se trouvait uniformément rapporté à Dieu comme cause déterminante.

La décennie 1620 est marquée par la sécheresse. De mauvaises récoltes entraînent leurs cortèges faméliques de disettes et d’épidémies. La peste noire ravage le Languedoc. Les consuls de Narbonne avertissent ceux de Perpignan de la quarantaine de leur ville. En 1631, on compte 4000 morts pour la seule ville de Perpignan, plus encore en 1652, lorsque ressurgit l’endémie.

De même, la guerre de trente ans, de si triste mémoire, jusqu’alors circonscrite au nord de l’Europe, s’étend à la Catalogne. Depuis la déclaration de guerre de Louis XIII à Philippe IV, le 19 mai 1635, le Roussillon doit assumer la subsistance des troupes et en subir les exactions. La misère accumule ses enchaînements de violences. Les révoltent provoquent leurs répressions. Le mécontentement passe du social au politique.

En 1640, la Catalogne fait sécession de la Castille et de l’Aragon et s’allie à la France. Le pays est pillé, la population malmenée.

A l’opposé de la richesse économique, l’opulence artistique des églises du Pays Catalan témoigne du drame que subit le territoire. La sainte émulation des consuls et des notables des villes réclame des intercesseurs du ciel, la protection et l’immunité que la terre et ses princes refusent. Dès lors, le contrat artistique passe au second plan. La commande d’un retable exprime la reconnaissance pour une grâce, obtenue face à la démence de l’époque. la qualité de l’œuvre d’art ne se mesure ni à l’aune du talent ni à celle de l’investissement du donateur, même si l’un et l’autre existent, même si le donateur est soutenu par quelques relents de vanité. Pour l’homme du "Siècle d’or", il s’agit en priorité absolue,de remercier Dieu du service rendu par ses saints.

Mythologie catalane du siècle d’or

Les églises du Pays Catalan recensent pour quelques milliers d’œuvres d’art plusieurs centaines de saints et de bienheureux. Leur représentation, leur spécialisation, leur organisation hiérarchisée, relèvent d’un imaginaire raisonné. Il cherche à représenter le surnaturel avec une cohérence procédant de la mythologie.

C’est à partir de l’humain, exalté et dépassé, que l’on s’est figuré leur sanctification. La dignité de leur vie terrestre les allie à Dieu. Après leur mort, ils deviennent les médiateurs entre la terre et le ciel. En retour, Dieu leur délègue des pouvoirs thaumaturgiques. Mais nul n’ignore qu’il vaut mieux s’adresser à Dieu qu’à ses saints…

En l’an mil, il n’existe ni procès ni tribunal de béatification. La vie exemplaire, le savoir exceptionnel suffisent pour désigner la sainteté du défunt. Des faires-parts nécrologiques pouvaient alors circuler de monastère à monastère, pour exprimer le deuil et exalter la vertu de celui qui vient d’être rappelé.

De ce torrent incontrôlé naît un souci de cohérence et de logique. Il endigue ces diverses traditions, indépendantes les unes des autres. Dès le XIIIème siècle, elles sont unifiées. Avec sa fameuse Légende Dorée, Jacques de Voragines constitue un système unique et limpide. Pour une part majoritaire, cette mise en forme littéraire deviendra la source iconographique.

Réformée par le Concile de Trente au XVIème siècle, elle s’enrichie d’une cohorte de saints homologués entre-temps. C’est cet ensemble discipliné qui s’exprime au temps baroque. Pour la culture savante, c’est le véhicule religieux de la théologie. Pour les croyances populaires, la seule certitude à laquelle on tient, c’est que tous les saints existent, qu’ils vont et viennent, qu’ils agissent et qu’ils gouvernent les éléments naturels, les plantes, les animaux et les hommes.

Ils garantissent la santé et soignent les maladies. Ils jugent de la fertilité et de la stérilité. Ils interviennent pour le succès ou l’échec d’une entreprise. Ils commandent la guerre et la paix. Ils décident de la pluie ou du beau temps. Ils protègent des tentations, permettent de retrouver des objets perdus. Aucun acte de la vie ne leur échappe. Une hiérarchie s’établit, mettant en évidence l’intérêt que l’on sent pour cette foule.

Des "super-saints", les plus éminents, par leur ancienneté et leur puissance, sont en quelques sorte, la haute classe des chefs. Evangélistes, docteurs de l’église, ils sont compagnons du Christ, auteurs des Evangiles, commentateurs des premiers temps. Ce sont les piliers sur lesquels s’appuie la foi des fidèles.

Sur le plan d’un retable, leurs images supportent métaphoriquement les constructions peintes ou sculptées. Leur action fondatrice ne leur interdit pas de conserver ou de déléguer une fraction de leur activité thaumaturge. En bons détenteurs du pouvoir, ils dirigent le vaste panthéon des saints et des bienheureux.

Ces derniers se spécialisent comme des tâcherons, en telle ou telle fonction. On assiste alors à des cumuls de mandat, de particularités et de prérogatives. A l’inverse de la concurrence, la complémentarité sinon la redondance peuvent aussi se croiser.

Ce cadre religieux, valable pour chacun, se multiplie en piétés locales. Compatibles avec le panthéon, les paroisses ont leurs propres raisons de préférer un saint particulier. Qu’il soit issu du mouvement général ou du propre fond local, le saint peut être intégré à une fédération diocésaine, sinon sous l’influence des ordres religieux à des congrégations nationales. Pour l’ensemble des trois cas, ils sont des leaders influents au service de la politique de la papauté, sinon des états… ce qui n’empêche pas les fidèles de recourir dévotement au plus obscur des bienheureux.

Après guerre, un énorme effort de reconstruction

Les seuls ravages de la guerre de conquête française ne sauraient à eux seul tout justifier. A cette nécessité bien cruelle, s’ajoute celle non moins importante du renouveau du culte catholique.

Le Riberal et le Bas-Conflent correspondent à la vallée moyenne de la Tet, desservie de nos jours par la R.N. 116. Ces terroirs battent quelques records de reconstruction. De Néfiach à Mosset, tous les villages construisent du neuf ou réaménagent leurs églises médiévales, entre 1660 et 1760.

Néfiach, Ille, Bouleternère, Rodes, Vinça, Marquixanes, Los Masos, Eus, Campôme, Mosset, Joch, Rigarda, Finestret, Prades se dotent de nouveaux édifices.

St-Michel de Llotes, Boule d’Amont se contentent de doubler leurs églises romanes d’un deuxième vaisseau. A Catllar la construction romane est transformée en travée du nouvel édifice. Par esprit d’économie devant l’énormité de l’investissement, on garde ce que l’on peut récupérer de l’édifice antérieur. Quelques clochers romans seront sauvés, au prix d’un "lifting" baroque. Prades, récemment restauré, a retrouvé son aspect médiéval; Catllar reste englué sous les crépis; Marquixanes n’a conservé que la base de sa tour romane. il s’en faut pour autant que le chantier baroque se limite à ces deux terroirs.

Les ermitages se multiplient dans tous le pays : en Cerdagne, à Font-Romeu, en Vallespir au Coral de Prats de Mollo, en Conflent, Notre Dame de Vie de Villefranche, Domonava de Rodes, en Roussillon Força Real de Millas…

L’essaimage baroque dresse de nouvelles églises et de nouveaux clochers un peu partout de Prats de Mollo à Serralongue avec son "conjorador", de Saillagouse à Ur, avec de très belles réalisations à Rivesaltes, Estagel, à Montner et au chapitre de saint Paul de Fenollet.

La nouvelle frontière, née du Traité des Pyrénées, entraîne la naissance d’une nouvelle organisation militaire du pays. Au Perthus comme à Prats de Mollo et à Amélie les Bains des forteresses bastionnées surveillent le territoire. Surtout deux villes sont crées, sinon recrées avec Mont-Louis et Collioure.

Les modèles ont une vie plus longue que les périodes stylistiques.

Les modèles ont une vie plus longue que les périodes stylistiques. Ainsi alors que les clochers-tours à clochetons d’angles apparaissent dès le début du XVIIème siècle avec celui de Marquixanes (1611), leur pratique se perpétue en plein XIXème siècle un peu partout en Salanque (Canet) à saint Jacques de Perpignan, à Corneilla de la Rivière. De même les beaux clochers ajourés à plusieurs niveaux d’arcades, aux frontons érigés en pinacles comme à Formiguères, en Capcir ou à Trouillas en Roussillon se retrouve sous le second Empire à Caramany en Fenollèdes.

A la frontière des styles et des époques, le fameux clocher de Collioure est coiffé au début du XIXème siècle d’une coupole baroque qui imite celle construite au début du XVIIème siècle pour le clocher du couvent des dominicains de cette ville et qui reproduit, lui-même, un modèle toscan.


 

Le Temps Moderne

Le XIXème siècle découvrit le moyen âge. En le découvrant, la sensibilité romantique du XIXème siècle le revisita. L'érudition s'empara des poésies médiévales aussi bien des trouvers de langue d'oîl que de troubadours de langue d'oc. Le mot était trouvé pour désigner l'architecture inspirée par ces "siècles obscurs" que les tempsmodernes exploraient avec curiosité.

Malgrè cet engouement, l'exactitude chronologique n'était qu'approximative. Le style "ogival" devient une référence générale pour des artistes de formation néoclassique. Leur technique est celle de l'école. les multiples clochers et églises construit à cette époque dans le Pays Catalan en sont profondément affectés jusqu'à nos jours.

Encore faut-il distinguer depuis le début du XIXème siècle jusqu'à la veille de la guerre de 1914 une évolution au sein de ce moiuvement stylistique sur lequel l'influence de Viollet-le-duc n'est pas la moindre.

Au sens philosophique, l'éclectisme est la méthode recommandant d'emprunter aux divers systêmes les thèses les meilleures quand elles sont conciliables entre elles, plutôt que d'édifier une nouvelle pensée. Tel est le paradoxe du XIXème siècle en matière d'architecture. A la défense de valeurs prétendues intangibles ne résiste pas dans la pratique à un relativisme sans réserve.

On ne plaisante pas avec le bon goût et la beauté. L' Antiquité classique est la référence, sinon l'exemple à suivre, ou le modèle à reproduire...
Les exigences du présent sont ailleurs.

Historique

Le néologisme d' "historicisme" désigne une histoire d'une part revisitée et d'autres part transposée dans son inspiration. Le style troubadour se fonde sur la référence de styles architecturaux différents, et sur le recours délibéré à des modèles. Les formes architecturales empruntées le sont à un passé plus ou moins reculé et que l'on présente comme nationale, aussi bien qu'à l'Antiquité, à Byzance, à l'Islam.

L'historicisme architectural aura été directement inspiré par l'église et la royauté, soucieuses d'affirmer leurs liens avec un passé pré-révolutionnaire, légitime et rassurant. La valorisation de ce passé s'exprime comme un mécanisme de défense contre-révolutionnaire et anti-républicain. Elle est tout autant une stratégie de reconquête religieuses et politique qu'un moyen de transformations de la société.

Caractéristiques

Les caractéristiques des formes architecturales du style troubadour ne sauraient qu'être précédées de l'élément "néo". Evocations ou pastiches, le "néo" copie plus que n'imite l'art roman, l'art gothique, l'art baroque, l'art byzantin, l'art mauresque et tant d'autres...

La prolifération des inspirations historiantes précipité sur un seul édifice des arcs-aveugles et des arcs en plein-intres néo-roman, des baies géminés et des ogives néo-gothiques, des coupoles néo-byzantine, des pinacles et des clochetons néo-baroques, des merlons et des encadrements néo-mauresques.

Les constructions traditionelles lui offrent ses matériaux, en Cerdagne le granit, en Roussillon les galets de rivière et la brique rouge. Leur emploi complété par un usage massif de la ferronnerie comme cage pour contenir les clochers donne au tout une vague allure néo-catalane.

Le décor masque la réalité. La construction est jugée trop prosaîque et peu respectable. Le traditionnalisme local rejoint les néologismes architecturaux du style troubatour.

Naissance des Pyrénées-Orientales

L'Assemblée constituante réunie à Paris le 15 janvier 1790, décréta une nouvelle division territoriale ... C'était la naissance des départements français. Le comité chargé du découpage intégra à la nouvelle circonscription les anciens contés du Roussillon et de Cerdagne et la haute vallée de l'Agly détachée du Pays Catalan depuis le XIIIème siècle, et qui correspond aux Fenollèdes. Elle rejeta les demandes des populations des villages deMontfort, de Gincla, de Salsevesines comme de celles de la région de Lagrasse qui furent intégrées au département de l'Aude. Le 06 mars 1790 les députés de l'ancienne province signèrent l'arrêté créant le département des Pyrénées-Orientales.

Dans la continuité révolutionnaire, la succession rapide d'événements souvent violents bouleversa en une décennie les tructures sociales du pays catalan.

La nationnalisation des biens de l'église débuta dès la fin de l'année 1790. Elle précipita en Catalogne les trois quarts du clergé du pays. Elle entraîna à son tour le départ massif de la population. L'émigration du Pays Catalan vers la Catalogne, soeur et voisine ne fut pas une réaction purement aristocratique mais un énorme mouvement populaire commandé par une attitude aussi bien anti-française, qu'anti-réolutionnaire.

L'acquisition des biens nationaux profita aux classes moyennes, déjà aisées sous l'ancien régime et gagnée aux idées du diècles des lumières. Ce gain économique les conforta dans leur ascension sociale. Leurs fortune comme leur adhésion actuelle leur livra le pouvoir politique à tous les échelons locaux de l'autorité publique, de la commune au conseil général du département.

Le pouvoir local des notables

Le XIXème siècle appartient aux descendants des acquéreurs de biens nationaux. Ils constituent les dynasties municipales, de maires et de conseillers municipaux, tantôt nommés, tantôt élus, selon les régimes politiques. Monarchie absolue, monarchie constitutionnelle, Empire, ordre moral, république ne modifient pas grand chose à l'échelon du village.

En bon détenteur du pouvoir, ces notables villageois se tournent naturellement vers un " bon vieux temps". Les clochers et églises troubadour qu'ils firent construire, sont le témoignage monumentale d'un héritage qui emcombre quelque peu le paysage rural du pays catalan.

Les clochers républicains

Le regard retrospectif que nous plongeons sur la pays catalan nous aura fait découvrir une grande diversité de point de vue. La construction publique bénéficie modéremment de cette révaluation. Sommes-nous en mesure de suivre les rapports entre art et institution dans une France des notables.

Considérons que déjà depuis quelques temps, l'art n'est plus un objet de culte. Chacun sait qu'il traduit des ambitions ou des rivalités de groupes sociaux en quête de pouvoir. IL contribue même à la prise de conscience. En leur temps, les enjeux ont parfois été bien confus, les prises de position fluctuantes. Les positions tombent dans les mains de l'un ou l'autre belligérant. Le clocher n'est plus seulement la représentation du pouvoir, il est devenu un moyen de la conquête de ce pouvoir villageois.

La statuomanie galopante du XIXème siècle et du début du XXème est quasiment absente des places, des squares et des fontaines des villages du Pays Catalan. Ce défaut d'image allégoriqueest compensé par la construction ou l'aménagement dans les locaux anciens, de clochers civils affichant la laîcité de la municipalité commanditaire.

Le temps publics

La mesure du temps, comptée sur l'horloge, sonnée à la cloche, s'adresse à tous les citoyens, sans considération de religions et de philosophies. Le temps public est laîque. Il est égalemet pédagogique. IL appelle les écoliers dans le flux et le reflux des hraires de classes. Le temps public est civil.

Il célèbre à grande volée de cloches les fêtes de la République. Il égraine sourdement le glas des enterrements civils. Le temps public est civique. Tel le tocsin, il mobilise à la guerre, ce sera celle de 1914-, il incite à la joie des armistices et des traités de paix. Il alarme au feu, aux accidents, aux débordements des fleuves et à tous les excés de la nature conjurés et exorcisés par les clochers religieux.

Type plutôt que style

Qu'est ce qui fait le plus typiquement républicain ?La Mairie, l'école ou bien la gare ,la poste ?
Une architecture standard est bien sûr développée par la république à travers la totalité de son territoire. Il est pour autant bien difficile de parler de style.

Contantons-nous raisonnablement de reconnaître un type d'architecture publique. Fonctionnelle elle est adaptée aux nouveaux besoins. Elle sert avec fidélité, le progrès et à notre plus grand regret ne s'en inspire pas pour autant, pour se construire.

Trois types :

1) Les clochers républicains du pays catalan se répartissent en trois types de construction. Un premier groupe répond au tandem maison commune et maisons des enfants. Il se rencontre sur le faite du toit de la mairie et de l'école. Il couronne d'un clocheton maçonné, ou d'une cage de fer forgé le sommet de la façade de l'édifice. Le fronton de la façade affiche l'heure publique de son horloge flambant neuf. C'est le type le plus répandu.

2) Le deuxième groupe correspond au remploie d'une construction ancienne. Ce sont les portes fortifiées du moyen-âge qui sont remaniées pour être transformés en clochers républicains. Leurs façades sont utilisées pour l'horloge et le faite est coiffée d'une cage de fer forgé contenant les cloches.

Cette réutilisation des portes d'enceintes n'est certes pas le fait du hasard. Elle répond à la volonté délibérée des élus républicains de nouer leur présent minicipal avec le passé consulaire de leurs villages. De tout temps médiéval, ces tours portes d'enceintes fortifiées étaient le lieu où se déroulaient des cérémonies des cérémonies publiques mettant en présence les élus consulaires et les représnetants de la seigneurie.

3) Le troisième groupe correspond à la construction d'une tour célébrant à elle seule toutes les vertus de la République. A Ortaffa, le clocher commémore sans retenu le centenaire de la grande révolution. IL transpose sans grand à propos de la Tour Eiffel, en une construction de maçonnerie traditionnelle. Monument symbolique du progrès technique élevé dans le contexte de foire exposition de 1889, l'architecte d'Ortaffa en conserve la forme, son maire en maintient le sens républicain et l'un et l'autre perdent l'exploit qui présida à l'élévaation de leur modèle.

Le clocher et l'église des Saintes hosties

L'émigration de l'abbé Perone est le point de départ de cette histoire. En septembre 1793, sans attendre son compte, le curé de Pésilla quitta précipitamment sa paroisse en oubliant sur l'ostensoir cinq hosties. Pendant ces années révolutionnaires, l'église était occupée aussi bien pour les rassemblements républicains que pourles fêtes de l'être suprême craignant la profanation des hosties consacrées le curé fit savoir à des amis fidèles du village qu'il devait les récupérer.

Avec la complicité du maire Jean Bonafos , bien connu pour ses sentiments religieux et ses convictions monarchistes, une fille du village , Rose Lorenz, s'introduisit nuitamment dans l'église romane. So pieux larcin couronné de succès, elle remit à Bonafos l'ostensoir en argent et son hostie, elle garda chez elle ces quatre plus petites qu'elle avait trouvé dans le tabernacle. Elle les plaça dans la vaisselle la plus luxueuse qu'elle possédait. C'était, nous dit-on, un sucrier en verre. Elle le couvrit d'un mouchoir et l'enferma dans un placard mural de sa maison, au n°14 de l'actuelle avenue de la Rébublique.

Le clergé, de retour en décembre 1800, récupéra l'ostensoir, et le sucrier et les hosties pour contester l'intervention miraculeuse de Jésus. Les hosties étaient intactes après sept années d'exil paroissial. Qui mieux est, le sucrier s'était couvert de paillettes d'or. Des persifleurs républicains prétendirent qu'aux quelques années d'émigration supplémentaires, il aurait eu le temps de se transformer en une timbale en or massif !

Le fait est qu'en grande pompe épiscopale, le miracle est constaté par l'évêque de Carcassonne en 1804. Dès lors les fidèles du village n'eurent de cesse de construire un édifice digne d'une telle intervention divine, si propice à militantisme contre révolutionnaire.

En 1790, en 1848, en 1870, à chacune des grandes phases républicaines du XIXème siècle, la population de Pésilla s'affronte en deux groupes adversaires. Hostilités politiques et religieuses se manifestent dans ce village mieux qu'ailleurs par l'aménagement d'un clocher républicain dès 1882 et la construction d'une église entre 1886 et 1893.

Le clocher républicain

Le clocher républicain est connu à Pésilla sous le nom catalan de "Porta del Revelli", c'est la porte fortifiée des murailles élevées vers 1300.

La municipalité présidée par Joseph Arnaud l'aménagea en clocher civil en 1882. La tour médiévale en pierre de taille de lesfons est conservée intacte. Les élus la firent coiffée d'une élégante cage de fer forgé qui reçut deux cloches. Sur la façade, ils décidèrent d'installer le cadran d'une horloge. L'une des cloches porte le texte :"cloche laïque commune de Pézilla de la rivière 1882", suivi du nom de l'horloger "Abadie horloger mécanicien à Perpignan" et de celui du fardeur des cloches :

Bollés et fils, fondeurs accordeurs le Mans", complété par la liste complète des conseillers municipaux "Arnaud Joseph, Astor Paul, Billes Thomas, Laffont Gaudérique, Fontanell Jean, Talayrach Joseph, Arnaud Jean, Gatounes Jean, Siurdes Jacques, Astor Pierre, Vidal Jean, Vidal Jacques, Averros Louis, Romeu François, Caixet Jean, Portal Etienne, Bill Henri, Mdern Victor.

Le maire actuel de Pézilla, Jean-Paul Billés, nous a confirmé l'usage constant de ce clocher républicain. IL continue a sonner les fêtes de la république et le glas civil pour les enterrements.
De même son horloge nous rappelle que le temps est public. IL compte les mêmes heures laïques à tous les concitoyens quelles que soient leurs convictions religieuses, philosophiques, politiques.


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