Thèmes de l'exposition
L’Arbre
Un arbre est un végétal ligneux qui peut atteindre de grandes dimensions. Sa tige s’appelle “tronc”. Le tronc est désigné comme “fût” dans sa partie dépourvue de branches. Les branches sont des ramifications latérales qui poussent sur le tronc au-dessus du fût. Les branches portent des rameaux. Les rameaux sont couverts de feuilles. Les botanistes conviennent qu’il faut réserver le nom d’arbre aux végétaux ligneux qui dépassent sept mètres de haut.
Selon ce diktat d’élévation, les arbres du Pays Catalan ne seraient donc que des arbustes ! L’arbuste est donc, en quelque sorte, un diminutif d’arbre qu’il faut soigneusement se garder de confondre avec un arbrisseau. Pour le coup, l’arbrisseau devient un ligneux ramifié dès sa base. Il ne doit pas dépasser trois à quatre mètres de haut.
Les plus petits, tous ceux
qui atteignent au moins 50 centimètres, sont des sous-arbrisseaux.
Dans ces conditions,
le palmier est une herbe et le thym un arbre, enfin, un sous- arbrisseau ! N’est-ce pas remarquable ?
Remarquable
Pour le botaniste, l’arbre remarquable est le seul végétal ligneux qui attire l’attention.
Ainsi, le pin qui pousse dans le clocher de Mosset est remarquable pour le botaniste et insolite pour tout le monde. De même, pour un autre pin isolé qui pousse sur la crête des Orgues d’Ille. Il est remarquable pour l’un et pittoresque pour tous.
Par contre, les vergers d’oliviers, de figuiers, de pommiers, d’amandiers, de cerisiers, de pêchers, ou d’abricotiers n’ont rien de remarquable pour les botanistes. Ils sont, par contre, exceptionnellement remarquables pour tous les arboriculteurs qui les cultivent et pour tous les gourmets qui dégustent leurs fruits.
Enfin, sérieusement, peut-on imaginer Céret sans cerisiers, Ille sans pêchers, Sahorre sans pommiers, Rivesaltes ou Elne sans abricotiers ?
Bien sûr, la rareté, la longévité, la taille et l’exotisme sont autant de critères du remarquable. Il nous paraît malgré tout que l’arboriculture catalane l’est tout autant. Dans ces conditions, le chêne vert, si commun sous le climat de la Méditerranée, ne deviendrait remarquable qu’hors de son contexte géographique, comme l’if d’Irlande à Collioure. Si les orangers du poète ne pousseront jamais sur le sol irlandais, on peut dire qu’il y a, en Pays Catalan, des acclimatations réussies et d’autres qui ne dépasseront pas l’unité. Il est évident qu’un, c’est rare !
C’est un lieu commun de préciser que la longévité d’existence d’un arbre va de paire avec sa taille. Ce lieu commun s’applique aux marronniers plantés dans les années 1920 autour des monuments aux morts de la guerre 1914-1918, aux platanes des promenades et foirals de nos villages, à ceux qui protègent le banc ombragé des sénateurs (et des sénatrices), authentique arbre aux palabres, ou comme on dit à Prats-de-Mollo, “arbre mentidaire”, arbre menteur, et à ceux encore qui commémorent la IIe République, celle de 1848.
Egalement remarquable la précieuse hêtraie de la Massane, relique des périodes froides du quaternaire, îlot végétal inattendu dans une ambiance méditerranéenne.
Tout aussi remarquables sont les suberaies de l’Aspre et de l’Albère, les châtaigneraies du Haut-Vallespir que voulut le grand Joseph Augustin de Mailly, lieutenant général du Roussillon au XVIIIe siècle. Ce qui est remarquable dans la volonté de ces plantations, c’est bien sûr le témoignage historique et le développement durable en complément de l’encépagement de Banyuls-sur-Mer. Et ce vignoble a besoin de piquets, de comportes, de fûts, de bouchons.
C’est le même de Mailly qui créa le jardin botanique de Perpignan, sur la rive gauche de la Basse, entre les actuelles places de Catalogne et Arago. Et si le cèdre qui pousse sur l’arrière de la Banque de France, quai Vauban, était l’ultime survivant du jardin de de Mailly ?
Les pinèdes du Capcir sont remarquables pour d’autres causes historiques. Dans la forêt de la Mate, les pins sylvestres poussent depuis trois siècles sur ordre ministériel de Colbert.
Mais cette forêt s’appelait déjà “du roi” au XIVe siècle ! Ce qui est le plus remarquable pour son histoire est que cette forêt bénéficie d’une protection continue depuis 1365, avec gardes forestiers depuis 1384. Cette protection a été poursuivie par l’administration des rois de France, par les Eaux et Forêts, puis l’O.N.F. de la République. La forêt du Bercol n’a pas eu la même chance. Remarquable est l’échec de sa destruction dont témoignent quelques chênes à Vilaclara. Remarquable le maquis d’érables de Montpellier qui atteste de la déforestation des collines de Salses à Tautavel, pour fournir du bois aux chantiers navals louisquatorziens.
Sont tout aussi remarquables les arbres qui poussent hors de leurs biotopes. Plus haut, plus bas, partout… Mais en Pays Catalan, le cloisonnement des terroirs est tel qu’un versant au bac ou à la solane (à l’ombre ou au soleil), qu’un point d’eau, que la nature du sol, que l’altitude modifient tout. Irrégularité et violence du climat sont les caractéristiques de celui du Pays Catalan. L’unique régularité statistique est celle de l’excès. La tramontane omniprésente, des pluies capricieuses, sinon en déluges, font que tous les mois peuvent être les plus secs de l’année.
Les quatre points cardinaux du Pays Catalan Le département des Pyrénées-Orientales a une superficie de près de 4000 km2 (précisément 3990). A l’est, s’étend la plaine côtière. A l‘ouest s’élèvent les Pyrénées. Le nord est bordé par les moyennes montagnes de la Corbière. Le sud est occupé par le massif de l’Albère.
La plaine du Roussillon est un golfe marin qui a été remblayé par l’érosion. Elle est entourée, de toute part, par des massifs montagneux qui s’élèvent de façon abrupte. A l’ouest, le massif de l’Aspre grimpe de 200 à 1000 mètres d’altitude vers le Canigó dont il est le piémont. Le Carlit culmine à
2921 mètres, le Puigmal à 2910, le Canigó à 2785, le Madres à 2469 et le Costabona à 2465. Au sud, en cinq kilomètres à vol d’oiseau, on passe du zéro du bord de mer à mille mètres d’altitude à la Massana, dans l’Albère entre Argelès et Port-Vendres. Au nord, le Pas de Salses est dans la Corbière la frontière “naturelle” qui sépare le Languedoc du Roussillon. Les collines s’élèvent en falaises calcaires à 800 mètres d’altitude, sans transition au-dessus des étangs.
Le Pays Catalan
Pour les rois de Mallorca et leurs successeurs d’Aragon, puis de France, le Pays catalan se subdivise en deux contés de Roussillon et de Cerdagne. Etant entendu que le canton de Saillagouse n’est qu’un petit fragment territorial de la Cerdagne.
Ces deux contés
se fractionnent en Corbière, Salanque, Riberal, Albère, Aspre et Vallespir pour l’un, en Capcir et en Conflent et Garrotxes pour l’autre. Historiquement, seuls le Vallespir et le Conflent ont eu une réalité administrative. Les autres terroirs sont, par contre, des réalités sociétales dans une géographie étriquée mais bien définie. Les Fenouillèdes occitanes ne peuvent pas être séparées d’un Pays Catalan élargi au département de Pyrénées-Orientales. Les Fenouillèdes ont été détachées des territoires catalans, en 1258, par le traité de Corbeil, et à nouveau uni depuis 1791.
Les Fenouillèdes s’étendent sur les cantons de Sournia et de Saint- Paul-de-Fenouillet et pour partie sur celui d’Estagel. Historiquement, elles comprennent le canton d’Axat, attribué au département de l’Aude.
Muntanyes regalades
“Muntanyes regalades” chante une vieille poésie catalane. En effet, les hautes montagnes du département ruissellent de rivières et de fleuves qui irriguent la Catalogne et le Languedoc. Les Pyrénées-Orientales sont un authentique château d’eau géographique. Le Tech naît au Costabona, la Têt au Peric, le Segre au col de la Perxa, l’Aude en Capcir, le Ter sur le versant sud du Puigmal, l’Agly en Hautes- Fenouillèdes. Ces fleuves ont profondément modelé le relief.
La Cerdagne correspond au bassin du Sègre, le Capcir à celui de l’Aude, le Conflent à la Têt, le Vallespir au Tech et les Fenouillèdes à l’Agly. La puissance alluviale de la Têt, du Tech et de l’Agly a comblé le littoral du Golfe du Lion pour le transformer en plaine. Il faut compléter ce portrait par un quatrième petit fleuve roussillonnais qui est le Réart et son affluent l’Ample.
Le Réart naît dans l’Aspre. Son estuaire est l’étang de Saint-Nazaire.
Le Pays tout entier s’ouvre comme un éventail sur la mer. Même dans ses parties les plus montagnardes, il est soumis aux influences méditerranéennes.
L’orientation
d’un versant peut tout changer. Ainsi en Moyen-Conflent, les Garrotxes, au sol schisteux et orientées vers le sud, acceptent le chêne vert bien au-dessus de son palier jusqu’à 1300 mètres d’altitude. Les Fenouillèdes calcaires sont le corridor de la tramontane et son action déshydratante l’accable de sécheresse. A l’inverse, le Haut- Vallespir, relativement protégé du vent du nord-ouest par le piémont du Canigó, s’ouvre au vent marin d’est et est le secteur le plus pluvieux du Pays Catalan. Aussi, la nature du sol, l’altitude, l’orientation des versants, l’hydrométrie conditionnent tout autant les espaces naturels que les vergers arboricoles.
De même, le fort ensoleillement du pays est à mettre en relation avec l’importance de la tramontane et à son action déshydratante. La conséquence est que les étages végétaux sont souvent bouleversés. C’est aussi, selon l’ensemble de ces données, la possibilité pour quasiment tous les arbres de la Méditerranée et d’Europe de trouver le moyen de s’acclimater dans un terroir ou bien dans l’autre du territoire.
L’unité du Pays Catalan surgit de la fusion de cette diversité. Les différences des quatre niveaux d’altitude permettent en une heure de voyage en voiture de découvrir le Tamarix africana à Argelès, et le sapin pectiné comme le pin à crochet au Canigó. Tels les galets blancs du Petit Poucet, les 52 arbres de l’agenda 2006 offrent le plus merveilleux itinéraire de découverte de notre département, tel un road-movie végétal.
Du Pays Catalan, nous tendons à ne voir que le décor. Il faut être historien pour savoir que la plaine du Roussillon a été conquise au Moyen Âge sur des marécages et des étangs.
L’Aspre, l’Albère, le Conflent et les Fenouillèdes ont un paysage agricole construit en terrasses.
Que l’homme relâche son attention et les terrasses édifiées à flanc de collines s’effondrent.
La garrigue et le maquis envahissent les terroirs. On sait reconnaître une maison en ruine au démantèlement de son toit, au délabrement de ses murs. Sait-on reconnaître sous les arbres la ruine d’un paysage ? La forêt elle- même n’est-elle pas le métronome de l’histoire ?
Elle témoigne dans le Carlit des avancées et des reculs séculaires de la société catalane.
Forêts plantées en Capcir, reboisements modernes après les crues de 1940 en Conflent, en Vallespir, forêts détruites en Roussillon et dans l’Albère, espaces pastoraux devenus forêts de chênes verts dans l’Aspre nous rappellent que le “bon-vieux-temps” n’est d’aucune époque. Les grandes réussites de l’agriculture catalane sont placées sous le signe de la domestication de l’eau et du travail minutieux de tout un peuple de jardiniers attentifs.
Dans cet espace historique, saisi et modelé par l’homme depuis mille ans, le saltus (c’est à dire les terres incultes) si redouté par les anciens, devient au contraire, “l’espace naturel” protégé et géré par notre société.
Sur le littoral méditerranéen, plages marines et berges lagunaires sont achetées par le Conservatoire du Littoral pour les sauver de la spéculation immobilière. La rigidité réglementaire est le dernier rempart contre le tourisme de masse. La Cerdagne, le Capcir, et le Haut-Conflent se défendent en s’unissant en Parc Naturel Régional.
A l’exception de la commune de Fontpédrouse, la totalité du Haut- Conflent ainsi que Prats-de-Mollo en Vallespir se sont rassemblées en Réserves Naturelles. Toujours en montagne, les étangs sont classés “espaces protégés”. L’accès en voiture est réglementé aussi bien aux Bouillouses, qu’au “grand site”
Canigó. Dorénavant, la protection du patrimoine naturel passe par des classements à l’identique de ceux des monuments historiques.
Comme pour eux, il faut aujourd’hui penser à la restauration du patrimoine naturel.
Comme pour eux, il faut réfléchir à leurs nouveaux destins touristiques. Et si l’échec agricole de nos arrière-grands-parents devenait la réussite écologique de nos petits-enfants ?

Photos extraites des vidéos
L'Albère
Aspre
Canigou
Cerdagne-Capcir
Corbières
Fenouillèdes
Feu du mois d'août 2005
Le littoral
Riberal
Vallespir

Photos de l'exposition





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